Débuté en 2002, le projet "Compositions sonores à vivre, à la mesure de son pas" s'envisage comme un terrain de jeu, un champs d'expérimentation.
 

Il a donné lieu à :
"Réinventer les plis de la ville" ; créations portant sur la question de la relation de l'espace urbain et ses périphéries
- "Hors-champs" ; des propositions interrogeant les contextes et les situations où elles sont menées
- "L'embarcadère" ; exploration de la notion du sonore / mouvement dans une relation au paysage

Au fil des créations, des rencontres, le postulat de départ est resté sensiblement le même. Les changements portent principalement sur la question de l'accompagnement, qui, aujourd'hui, fait l'objet d'une recherche sur l'écoute des corps, en duo, en groupe, le corps du groupe dans l'espace, dans le paysage. 

 

 

 

Extrait de "Des compositions sonores à vivre, à la mesure de son pas", Marine Rivoire, 2009, dans Sonorités, n°4, Les cahiers de l'Institut Musique Écologie, Champ Social Éditions
 

Le paysage sonore est une série de hasards et d'improbables combinaisons en construction, proposant à chaque instant une nouvelle réalité, une nouvelle impression des lieux, des espaces.
Ces lieux et ces espaces sont définis et structurés par les éléments qui les constituent et les activités inhérentes à la façon de vivre de ceux qui les habitent. Cela implique des rythmes, des vitesses, des déplacements. Leur mise en place est un maillage d'axes, de zones, de trajectoires, d'espaces, de directions, de frontières, de respirations où les flux s'organisent et avec lesquels chacun doit composer.

 

Ce projet de composition sonore invite à appréhender les lieux, la ville, les périphéries et leurs relations comme un champ d'exploration. Il propose de circuler, flâner, fureter, se perdre dans les méandres sonores d'une histoire en construction pour en apprécier les co-existences de notre monde en mouvement, les petits arrangements qui, de façon insidieuse, s'opèrent.
Il s'agit d'explorer les dimensions cachées de la perception de l'environnement sonore en interrogeant les modes de représentation sonore des espaces et des lieux, au regard des pratiques et usages de l'espace public. Ces créations sont des voyages inventant de nouvelles cartographies où la représentation de l'environnement, en tant que monde sensoriel, interroge le politique.

 

Quelle est la place de l'homme au cœur de la ville ?
Qu'est-ce que habiter ?
Qu'est-ce que être là ?
Comment habiter l’espace où l’on vit, l’environnement où l’on évolue ?
Quel sens donne-t-on aux espaces de vie ?
Comment envisager l’espace intime au cœur de l’espace public ?

 

Ces réalisations sont des randonnées conçues à l'image de créations sonores et cinématographiques.
Le paysage, les ambiances et événements sonores, le temps - celui de l'écoute, du déplacement, des saisons -, le cheminement et l'alchimie des participants constituent les principaux matériaux à partir desquels s'élabore, se structure et se met en forme la composition. Cet agencement propose une rencontre : la découverte d'une histoire qui s'écrit et se vit au rythme de son pas, au fil d'un cheminement. C'est une expérience à partager et surtout à vivre.
Ces compositions donnent à ressentir, à entendre, à appréhender l'environnement. A travers une approche sensorielle, via un dispositif d'écoute adapté, chacun est immergé au coeur de cet environnement, pour en apprécier les nuances, les teintes et les rythmes.

Comment envisager la sortie de cet espace, de cette expérience ?
Quelle en est l’issue et vers quoi ouvre-t-elle ?
S’immerger pour se perdre dans le paysage sonore.
Ces compositions plongent chacun dans l’écoute en sollicitant un engagement de son être tout entier. Écouter, c’est investir son corps dans sa globalité. Alors le mouvement, le déplacement et l’histoire se mêlent, résonnant avec les expériences personnelles.
Par l’écoute, l’environnement prend une toute autre dimension. Il devient plus proche, se prolongeant au coeur de l’intimité que chacun veut bien lui accorder.
Quelles saveurs garde-t-on d’un jardin qui, au détour d’un muret, se dessine au fil d’énumérations et de descriptions scandées ou chuchotées ?
Quelles images a-t-on d’un marché lorsqu’on le découvre en le sillonnant, les yeux clos, au bras d’un accompagnateur qui improvise un cheminement au gré des ambiances et événements sonores ? La fraicheur sucrée de bouquets de menthe ? Le tendre tumulte de la foule où les corps s’évitent, se frôlent, se heurtent à peine ? Des confidences ? L’alternance des ombres colorées des toiles de stands ?
Des cintres qui crissent sur un portique ? Des hésitations ? Un sachet qui se froisse ? Une pièce qui vacille ?
Mosaïque vivante, ces expériences sont un voyage conjuguant les dimensions géographiques, spatiales, temporelles et sensorielles.

Elles titillent l’oreille et teintent les perceptions d’impressions subtiles.


 

Mode opératoire
 


Une composition sonore peut durer 4 à 5 heures
 

Elle s'adresse à tout public pouvant marcher le temps de son déroulement.
Elle peut accueillir au maximum 8 participants. Préalablement inscrits, ils retrouvent l'équipe d'accompagnateurs à un point de rendez-vous.
Vivre une composition sonore est un temps « à part entière » où l'on savoure le moment présent.

Il y a des espaces d'écoute à saisir, des invitations à l'échange, aux murmures ou au silence.
On marche mais pas seulement : on déguste, on se rafraîchit ou selon, on se réchauffe.

 


Le public

Il y a ceux d'ici, qui se surprennent à se perdre en cheminant dans un environnement pourtant si familier. Il y a les enfants, les solitaires, les contemplatifs et les bavards. Il y a ceux qui se rendent au rendez-vous comme on se rend à un spectacle.
 


Accompagner, c'est donner à écouter

Une composition sonore se définit par des temps d'écoute aux formes multiples dont une consiste à cheminer les yeux clos.

Aussi, pour assurer ce dispositif d'écoute en garantissant au public un déplacement en toute sérénité, une équipe de cinq accompagnateurs est présente.


C'est une réflexion sur la notion d'écoute qui est alors mise en jeu à travers ce que chacun d'entre eux met en œuvre pour donner à écouter. Comment communiquer les informations essentielles et de façon élémentaire ? Comment le corps communique-t-il ? Quel geste fait sens ? Comment se mettre au diapason avec le corps de l'autre ?


L'accompagnateur est celui qui va donner à écouter les éléments qu'il repère au fur et à mesure qu'ils cheminent. Il saisit ce qui se présente, parfois anticipe, extrait des séquences sonores du paysage : il improvise pour donner une tonalité à ce moment privilégié.

 

La résidence d'artiste comme moyen pour s'imprégner des lieux


Un projet de composition sonore est un projet de création in situ.
 

Il s'élabore en adéquation avec le territoire pour en révéler une identité. Il prend en compte la dimension topographique, les activités de ceux qui habitent (humain, animal) et animent de leur présence les lieux (manifestation environnementale).

Ce dispositif est adapté à la mise en oeuvre de ce projet car il offre un appui, l'opportunité de s'imprégner des lieux, en prenant le temps de découvrir les pratiques et les usages des espaces, de rencontrer ceux qui les habitent, les personnes ayant une connaissance du territoire ou celles qui ont envie de faire partager leur expérience.

Enfant ou adulte, il est tout simplement tourné vers ceux que la curiosité anime.
 

Des compositions sonores à vivre, à la mesure de son pas :
portrait d'une démarche